Les aveux à Luna

          Je me souviens, c’était un soir brumeux de février. Dehors, les formes se diluaient et se chevauchaient. Je ne distinguais plus la route mais j’entendais le moteur des voitures qui passaient, assourdi par le froid.

Ma chambre était minuscule. Mon fauteuil y entrait avec difficulté. La lumière blanche des néons durcissait l’arête des objets autour de moi.

Vers 20 heures, j’ai envoyé mon message à Luna et j’ai commencé à attendre fébrilement la réponse. Mon coeur devenu énorme par la sensation des battements qui redoublaient dans ma cage thoracique. Un coeur démesuré. Vers 22H20, je me suis mis au lit. Elle ne m’avait toujours pas répondu. Mes pensées me harcelaient. Elles s’étaient en quelque sorte autonomisées et avaient pris le contrôle de mon esprit. Elles s’imposaient à moi et m’empêchaient de trouver le sommeil.

Mon corps basculait d’un côté à l’autre du matelas.

Je ne lirai jamais sa réponse.

          Le lendemain, vers midi, alors que je finissais mon repas, attablé dans le réfectoire du foyer d’étudiants, je me suis mis à l’observer à la dérobée. J’étais seul, la table immense. Une de ces tables conçues pour accueillir plusieurs fauteuils. Je finis toujours le dernier, je suis plus lent que les autres pensionnaires. L’aide-soignante amenait des cuillerées de yaourt avec des fraises en petits morceaux jusqu’à ma bouche.

Luna se tenait un peu plus loin en compagnie d’un de nos amis. Leur table était parrallèle à la mienne. Elle ne mangeait rien. Elle n’était sans doute là que pour divertir Eric et discuter avec lui.

Mon pot de yaourt était maintenant vide et l’aide-soignante partie. J’aurais dû faire de même mais je demeurais là, comme hypnotisé par le spectacle des gestes de Luna. Elle contrôle mieux les mouvements de ses mains que moi. Elle parlait à voix basse avec Eric mais je percevais chacune de leurs paroles. J’étais à l’affût du moment où, enfin, ils parleraient de moi et m’inviteraient à les rejoindre. Ils savaient que j’étais là et que je crevais d’envie de sortir de la honte qui montait en moi. Cette honte, je la reconaissais, c’était celle que j’avais eue lors des récréations, au collège, quand les élèves couraient autour de moi sans jamais s’arrêter pour me parler et que je me sentais malade de leurs courses, de leurs rires et de leur joie partagée.

Le réfectoire se vidait. Je me suis mis à parler fort à Luna depuis ma table :

– Luna, Luna ! Est-ce que tu as un moment pour discuter ?

-non, j’en ai assez de toi !

J’ai poussé un cri sourd qui a roulé dans ma poitrine et a tout dévasté.

– Il pleure comme d’habitude mais c’est du cinéma pour attirer l’attention sur lui ! 

Eric acquiessait : j’étais un manipulateur et mes larmes ne valaient rien. Je l’ai presque cru moi-même.

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